top of page

Présentation de l'œuvre

Le célèbre livret de Barthold Heinrich Brockes "Der für die Sünde der Welt gemarterte und sterbende Jesus" (Jésus martyrisé et mourant pour le péché du monde), paru à Hambourg en 1712 et à l'origine de nombreuses mises en musique durant le 18e siècle, sera à nouveau à l'honneur lors de la prochaine édition des Concerts de la Semaine sainte de Fribourg.

Ainsi, après les compositions de Gottfried Heinrich Stölzel en 2015 et de Reinhard Keiser en 2019, c'est au tour de Georg-Friedrich Haendel de nous émouvoir à l'audition de sa Brockes-Passion HWV 48 : une œuvre monumentale d'un géant parmi les compositeurs les plus marquants de l'Europe baroque, à la croisée des influences anglaises, allemandes, françaises ou italiennes.

À l'image d'un drame spirituel, le livret de la Brockes-Passion, avec son récit librement paraphrasé et versifié, mêle aux acteurs du récit biblique des personnages qui viennent commenter l'action dramatique, comme la Fille de Sion et les Âmes croyantes. Le texte de l'oratorio raconte l'histoire de la Cène jusqu'à la mort de Jésus sur la croix ; il renonce à une lecture liturgique et omet les épisodes de la descente de la croix et de la mise au tombeau. Conjointement, la dramatisation extrême du déroulement de la Passion s'affirme dans une intention de toucher et de bouleverser directement l'auditeur sur le plan émotionnel face aux souffrances et à la mort de Jésus.

Probablement achevé à Londres en 1716, cet unique oratorio de Haendel en langue allemande appartient au genre de l'oratorio de la Passion. Sa traduction musicale du poème de Brockes offre une vaste palette d'affects et de sentiments illustrés d'une multitude de figures rhétoriques et de divers moyens musicaux hautement dramatiques. Aux arias furieux de colère ou de désespoir répondent d'autres pages dont le lyrisme dépeint les affects du deuil, de la souffrance, de l'abattement, des larmes qui coulent…

Les chœurs, bien qu'encore clairement inscrits dans la tradition de l'oratorio italien, sont volontairement simples, mais dotés d'une puissance dramatique très éloquente et parfaitement efficace.   

Seuls deux chorals interviennent au fil de l'action et il faut attendre l'épilogue de la passion pour entendre deux autres strophes de choral qui encadrent un ultime air de consolation chanté par la Fille de Sion, sur des paroles d'une troublante parenté avec la Passion selon saint Jean de 1724 de Johann Sebastian Bach et ses commentaires poétiques empruntés à Brockes.

 

Non sans raisons d'ailleurs, car tant le livret de la Brockes-Passion que la musique de Haendel se diffusèrent très vite à partir de Hambourg ; et à Leipzig, Johann Sebastian Bach s'intéressa aussi particulièrement à l'œuvre de son illustre contemporain, notamment entre 1746 et 1747 où il en entreprit une copie manuscrite.

Cette "version" ébauchée par Bach a été dotée dans son chœur d'ouverture d'un nouveau texte en forme d'invitation ["Kommet, ihr verworffnen Sünder, | Todeskinder, | Seht, hier stirbt das Leben"], qui rappelle clairement le chœur d'ouverture de la Passion selon Matthieu et se situe à l'opposé de l'autoréflexion du texte original de Brockes ["Mich vom Stricke meiner Sünden | Zu entbinden, | Wird mein Gott gebunden"].

C'est cette copie légèrement "revisitée" par Bach de la Brockes-Passion de Haendel qui sera interprétée sous les voûtes de l'église du Collège Saint-Michel de Fribourg au soir du Jeudi saint et en matinée du Vendredi saint par les solistes et les instrumentistes de la CAPELLA CONCERTATA, avec la participation de l'Ensemble vocal La Cantilène de Fribourg pour le chant des chorals.

bottom of page